Bonjour,
Je vous écris pour vous demander de bien vouloir accepter mes excuses, en effet je ne suis plus en mesure de remplir aujourd'hui mon rôle. Je suis aujourd'hui bien malade, et les rares spécialistes, qui ont la bonté de bien vouloir encore s'occuper de moi, n'arrivent même plus à me cacher leur impuissance et leur désespoir.
Pendant des milliers d'années j'ai nourri tant de générations d'êtres humains. Ils appréciaient aussi la qualité et la générosité de mes eaux et leur pouvoir désaltérant. Leurs tempéraments les poussaient parfois à quelques sottises qui me faisaient sortir de mon lit pour crier un peu, je leur inspirais encore du respect et ils m'avaient surnommé la Louve pour mes coups de gueules mémorables.
Ma voisine la Vouivre, qui était à ses heures une nymphomane hystérique, effrayait les plus fourbes qui faisaient de grands détours pour éviter la région. Depuis sa disparition récente il y a moins de 300 ans, ces derniers et leur descendance me jouent les plus mauvais tours, de véritables sauvages ne respectant plus rien et qui saccagent systématiquement ma propriété et mon jardin. Cette bande de vandales sans éducation est à l'origine des tourments qui m'ont plongé dans la plus sournoise dépression. Ainsi, je n'ai pas eu la force de m'occuper de mes chers Farios et Thymalus qui ont presque tous disparu à ce jour.
Très récemment quelques flatteurs me décrivaient comme "la plus belle" des rivières… "la dernière" aurait été plus réaliste ! J'ai résisté si longtemps pour ne pas me taire à jamais comme mes sœurs, certains d'entre vous qui connaissent encore un peu notre langage, m'en ont donné l'envie. Je vous demande donc, si vous me comprenez toujours, de bien vouloir vous battre pour donner une petite chance de survie à mes derniers poissons mythiques. Votre soutien me donnera peut-être la force de redevenir la Louve que j'étais.
La Loue